# Mutuelle président SASU non rémunéré, quelles options pour se couvrir ?
La création d’une SASU s’accompagne souvent de choix stratégiques délicats, notamment concernant la rémunération du président. De nombreux dirigeants choisissent de ne pas se verser de salaire durant les premières années d’activité, privilégiant le réinvestissement des liquidités dans le développement de leur entreprise. Cette décision, bien que financièrement judicieuse à court terme, soulève une question cruciale : comment assurer une protection santé efficace sans rémunération ? Sans bulletin de salaire, le président de SASU non rémunéré se retrouve dans une situation paradoxale : il dirige une entreprise, mais ne bénéficie d’aucune couverture sociale automatique. Pourtant, personne n’est à l’abri d’un problème de santé nécessitant des soins coûteux. Explorer les différentes options de mutuelle devient alors indispensable pour garantir une protection optimale sans compromettre la viabilité financière de la société.
## Statut juridique et protection sociale du président de SASU sans rémunération### Affiliation au régime général de la Sécurité sociale en tant qu’assimilé salarié
Le président de SASU bénéficie théoriquement du statut d’assimilé salarié, ce qui le distingue fondamentalement des travailleurs non salariés (TNS) comme les gérants majoritaires de SARL. Ce statut lui confère en principe une protection sociale similaire à celle d’un salarié classique, avec une couverture étendue incluant l’assurance maladie, la maternité, les accidents du travail et les pensions de retraite. Toutefois, cette affiliation au régime général n’est effective que sous une condition sine qua non : percevoir une rémunération soumise à cotisations sociales.
Dans les faits, un président de SASU qui ne se verse aucun salaire se trouve dans une zone grise juridique. Bien qu’il conserve son statut d’assimilé salarié sur le papier, l’absence de rémunération et donc de cotisations sociales le prive de toute protection concrète. Cette situation crée un décalage entre le statut théorique et la réalité pratique : vous êtes assimilé salarié par nature, mais sans les avantages sociaux correspondants. Environ 35% des présidents de SASU nouvellement créées choisissent cette voie durant leur première année d’activité, privilégiant la préservation de la trésorerie.
### Absence de cotisations sociales et conséquences sur la couverture maladie
L’absence de rémunération entraîne mécaniquement une absence de cotisations sociales versées à l’URSSAF. Sans ces cotisations, aucun droit n’est ouvert auprès de la Sécurité sociale : pas de remboursement des consultations médicales, des médicaments, des hospitalisations ou des soins dentaires. Contrairement aux gérants majoritaires de SARL qui doivent s’acquitter de cotisations minimales même sans rémunération (environ 1 200 € par an), le président de SASU non rémunéré n’a strictement aucune obligation de versement.
Cette particularité peut sembler avantageuse d’un point de vue financier à court terme, mais elle expose le dirigeant à des risques considérables. Une simple hospitalisation peut générer des frais de plusieurs milliers d’euros en l’absence de couverture. Les dépassements d’honoraires pratiqués par les spécialistes, les frais de chambre particulière ou encore les prothèses dentaires deviennent entièrement à votre charge. Selon les statistiques de l’Assurance Maladie, les dépenses de santé annuelles moyennes d’un adulte s’élèvent à
un peu plus de 3 000 € par personne. Sans mutuelle ni droits ouverts au régime général, ces montants reposent entièrement sur vos finances personnelles. Vous l’aurez compris : l’absence totale de cotisations sociales ne doit jamais s’envisager sans réflexion sur une solution de couverture maladie alternative.
Différence entre président rémunéré et président non rémunéré face à l’URSSAF
Du point de vue de l’URSSAF, la frontière est nette : dès que vous vous versez une rémunération, même symbolique, la SASU doit vous établir un bulletin de salaire, déclarer cette rémunération en DSN et acquitter les cotisations sociales correspondantes. Vous devenez alors effectivement affilié au régime général, avec des droits ouverts en matière de maladie, maternité, invalidité, retraite, etc. À l’inverse, sans rémunération, aucune déclaration n’est transmise à l’URSSAF, vous n’êtes pas « repéré » comme assuré social au titre de votre mandat de président.
Concrètement, cela signifie qu’un président de SASU rémunéré peut prétendre à la mutuelle d’entreprise et à l’ensemble des dispositifs de protection sociale du régime général. Ses cotisations de mutuelle, prises en charge en partie par la société, sont alors considérées comme des charges déductibles. Le président non rémunéré, lui, ne dispose ni de fiches de paie, ni de base de calcul pour d’éventuelles cotisations, ni de possibilité simple de rattacher une mutuelle collective à sa SASU. Aux yeux de l’URSSAF, il reste un mandataire social sans assiette de cotisation, donc sans droits sociaux ouverts via la société.
Impact du statut assimilé salarié sans bulletin de salaire sur les droits sociaux
Le statut d’assimilé salarié sans bulletin de salaire crée un effet « vitrine sans marchandises ». Sur le papier, vous avez accès au meilleur régime social (celui des salariés), mais en pratique, aucun droit ne se déclenche faute de cotisations. Vous ne validez pas de trimestres de retraite, vous ne bénéficiez pas d’indemnités journalières en cas d’arrêt de travail, et vous n’êtes pas couvert pour les accidents du travail au titre de votre mandat. Vous devez donc impérativement compter sur un autre canal de protection : chômage, activité salariée parallèle, ou dispositifs de base comme la PUMA.
Cette situation impacte aussi la question de la mutuelle. Sans fiche de paie, il est quasi impossible de mettre en place une mutuelle collective « classique » pour le seul président non rémunéré sans entrer dans des montages coûteux et parfois contestables. Vous vous retrouvez alors dans la même logique qu’un indépendant ou un TNS pour la couverture santé, mais sans bénéficier des avantages fiscaux du régime Madelin. D’où l’importance d’explorer précisément les mutuelles individuelles adaptées aux présidents de SASU sans rémunération, ainsi que les dispositifs de protection minimale comme la PUMA ou la Complémentaire santé solidaire.
Mutuelle individuelle et contrats responsables pour président SASU
Souscription à une mutuelle santé TNS via la loi madelin
Beaucoup de présidents de SASU non rémunérés se tournent spontanément vers la mutuelle TNS « loi Madelin », en pensant pouvoir déduire leurs cotisations de leur revenu imposable. En réalité, la loi Madelin s’applique uniquement aux travailleurs non salariés (TNS) : gérants majoritaires de SARL, entrepreneurs individuels, EURL avec gérant associé unique, etc. Le président de SASU, même non rémunéré, relève juridiquement du régime des assimilés salariés et ne peut donc pas bénéficier directement du dispositif Madelin au titre de son mandat.
Il existe toutefois un cas particulier : si vous cumulez votre mandat de président de SASU non rémunéré avec une activité indépendante (auto-entrepreneur ou entreprise individuelle), vous pouvez souscrire une mutuelle Madelin au titre de cette activité TNS. Dans ce cas, la mutuelle ne sera pas rattachée à la SASU mais à votre activité indépendante, et les cotisations seront déductibles sur votre revenu BIC/BNC via la déclaration 2035 ou 2042-C-PRO. C’est une solution intéressante si vous exercez, par exemple, une activité de consultant en micro-entreprise en parallèle de votre SASU.
Contrats responsables harmonie mutuelle, MAAF santé et april pour dirigeants non salariés
En l’absence de rémunération en SASU, vous allez devoir choisir une mutuelle à titre personnel, en visant de préférence un contrat responsable. Les grands acteurs comme Harmonie Mutuelle, MAAF Santé ou April proposent des offres spécialement pensées pour les indépendants et dirigeants, avec plusieurs niveaux de garanties (hospitalisation seule, base + dentaire/optique, renfort médecine douce, etc.). Même si vous n’êtes pas TNS au sens strict avec votre SASU, ces mutuelles acceptent souvent le statut de « mandataire social » ou de « dirigeant non salarié » pour leurs contrats individuels.
Un contrat responsable impose des planchers et plafonds de prise en charge (respect du panier 100 % santé, limitation sur certains dépassements d’honoraires, etc.), mais il offre en contrepartie une meilleure articulation avec la Sécurité sociale et, pour les vrais TNS, des avantages fiscaux. Pour un président de SASU sans rémunération, l’enjeu est plutôt d’obtenir un bon ratio garanties/prix. Par exemple, une formule niveau 1-2 chez MAAF ou Harmonie peut débuter autour de 25 à 40 € par mois pour un dirigeant de 30 à 35 ans, tandis qu’une formule haut de gamme (niveau 3) avec optique et dentaire renforcés peut monter entre 100 et 200 € par mois.
Déductibilité fiscale des cotisations mutuelle sur la déclaration 2042-C-PRO
La question qui revient systématiquement est : « Puis-je passer ma mutuelle de président de SASU en charges déductibles ? ». Si votre seule activité est votre mandat de président de SASU non rémunéré, la réponse est non : vos cotisations de mutuelle individuelle restent des dépenses personnelles, non déductibles du résultat de la SASU, ni de votre revenu global sur la 2042. La société ne peut pas non plus les payer à votre place sans les assimiler à un avantage en nature, ce qui supposerait… une rémunération et des cotisations sociales.
En revanche, si vous cumulez ce mandat avec une activité indépendante déclarée (BIC/BNC, même en micro sous certaines conditions), une partie des cotisations de mutuelle TNS peut être déduite dans le cadre de la loi Madelin sur la 2042-C-PRO. Dans ce cas, la mutuelle n’est plus rattachée à votre statut de président, mais à votre statut d’indépendant. C’est un peu comme si vous aviez deux « casquettes » fiscales distinctes. Vous devez alors veiller à bien conserver les attestations de vos cotisations et à respecter les plafonds de déductibilité (pourcentage du bénéfice professionnel et du PASS).
Comparatif alan, alan business et wemind pour présidents sans rémunération
Pour les présidents de SASU non rémunérés, certaines mutuelles nouvelle génération se distinguent par leur simplicité et leur transparence tarifaire. Alan, Alan Business et Wemind figurent parmi les options les plus citées par les dirigeants de petites structures. Alan propose des contrats 100 % digitaux, avec un tableau de garanties lisible, une application mobile fluide et des remboursements rapides. Alan Business vise plutôt les entreprises avec salariés, mais peut, selon la configuration, couvrir un président assimilé salarié dès qu’une paie existe.
Wemind, de son côté, cible clairement les freelances, dirigeants et indépendants, avec des garanties adaptées aux profils « tech » et services annexes (téléconsultation, accompagnement psychologique, etc.). L’avantage de ces acteurs est la grande flexibilité de souscription : vous pouvez démarrer avec un niveau de garantie modeste, puis renforcer votre protection à mesure que votre chiffre d’affaires augmente. En revanche, il ne faut pas se laisser séduire uniquement par l’interface moderne : comparez toujours les prises en charge en hospitalisation, dentaire et optique, car ce sont là que les écarts de remboursement pèsent le plus lourd sur votre budget à long terme.
Couverture maladie universelle et dispositifs de protection sociale minimale
Activation de la PUMA (protection universelle maladie) pour les dirigeants sans revenu
En l’absence de rémunération et de cotisations sociales via votre SASU, la première brique de votre protection reste la Protection Universelle Maladie (PUMA). La PUMA garantit à toute personne résidant de manière stable et régulière en France un droit à la prise en charge de ses frais de santé de base par l’Assurance Maladie. Autrement dit, même si votre SASU ne verse aucune cotisation, vous pouvez tout de même être remboursé d’une partie de vos consultations, médicaments et hospitalisations, à condition d’être affilié à la CPAM au titre de votre résidence.
Pour activer la PUMA, vous devez généralement remplir un formulaire de demande d’ouverture de droits auprès de votre CPAM, accompagné de justificatifs de domicile, d’identité et de situation (ressources, activité, etc.). Si vous étiez auparavant salarié, vos droits peuvent se poursuivre automatiquement durant un certain temps, puis basculer sur la PUMA. La PUMA joue ici le rôle de « filet de sécurité » : elle ne remplace pas une mutuelle, mais elle évite que l’intégralité des frais de santé de base ne repose sur vos épaules.
Complémentaire santé solidaire CSS pour les présidents aux revenus faibles
Si vos revenus personnels sont faibles ou inexistants (par exemple, vous vivez sur vos économies le temps de lancer votre SASU), vous pouvez peut-être prétendre à la Complémentaire santé solidaire (CSS, ex CMU-C). La CSS est une mutuelle gratuite ou à très faible coût, accordée sous conditions de ressources. Elle complète les remboursements de la Sécurité sociale, avec souvent un reste à charge nul sur une grande partie des soins courants, hospitalisations, lunettes et soins dentaires dans le cadre des paniers 100 % santé.
La CSS peut constituer une solution transitoire très pertinente pour un président de SASU non rémunéré qui souhaite limiter au maximum ses dépenses tout en conservant un bon niveau de couverture. Concrètement, vous déposez votre demande auprès de la CPAM, en déclarant l’ensemble de vos ressources (y compris éventuels dividendes et autres revenus du foyer). Si vos droits sont ouverts, vous recevrez une attestation à présenter aux professionnels de santé. Vous profitez alors d’une véritable mutuelle, sans avoir à souscrire de contrat privé, le temps que votre activité décolle.
Maintien des droits via l’attestation de droits CPAM
Que vous soyez couvert via votre ancienne activité salariée, la PUMA ou la CSS, l’attestation de droits fournie par la CPAM est votre sésame. Elle formalise votre affiliation et précise la caisse de rattachement, votre taux de prise en charge, ainsi que les éventuels droits complémentaires. En cas de changement de situation (création de SASU, fin de droits chômage, déménagement), il est judicieux de vérifier que cette attestation est bien à jour, car elle conditionne la bonne télétransmission avec une future mutuelle.
Vous pouvez télécharger cette attestation depuis votre compte Ameli ou la demander directement à votre CPAM. C’est un réflexe simple, mais essentiel : avant de souscrire une mutuelle individuelle, de solliciter la CSS ou de mettre en place un contrat collectif, assurez-vous que votre situation est correctement enregistrée du côté de la Sécurité sociale. Sans cela, les remboursements risquent d’être longs, voire bloqués, et vous vous retrouveriez à avancer des sommes importantes sans visibilité sur leur prise en charge.
Versement de dividendes et stratégies d’optimisation de la protection sociale
Arbitrage entre rémunération symbolique et distribution de dividendes
De nombreux présidents de SASU se posent la question suivante : vaut-il mieux se verser une petite rémunération ou privilégier uniquement les dividendes ? Sur le plan strictement fiscal, les dividendes bénéficient d’une imposition spécifique (PFU à 30 % ou barème de l’IR après abattement) et ne supportent pas de cotisations sociales comme en SARL. Mais sur le plan de la protection sociale, une rémunération même modeste présente un avantage majeur : elle ouvre des droits au régime général (maladie, retraite, invalidité) et permet d’accéder à une mutuelle d’entreprise.
On peut voir la rémunération symbolique comme une « prime d’entrée » dans le système social. Par exemple, se verser 500 à 800 € bruts par mois engendre certes des charges patronales et salariales, mais permet de bénéficier d’une protection nettement supérieure à celle d’un dirigeant vivant uniquement de dividendes. Vous pouvez ensuite compléter votre revenu avec des dividendes en fin d’exercice, en arbitrant chaque année entre trésorerie disponible, fiscalité et niveau de droits sociaux souhaité. C’est un véritable curseur à ajuster, souvent avec l’aide d’un expert-comptable.
Cotisations sociales sur dividendes supérieurs à 10% du capital social
La règle des 10 % du capital social s’applique surtout aux gérants majoritaires de SARL et aux TNS : au-delà de ce seuil, leurs dividendes sont réintégrés dans l’assiette des cotisations sociales. En SASU, le président, même associé unique, reste un assimilé salarié, et les dividendes qu’il perçoit sont soumis aux seuls prélèvements sociaux (17,2 %) et à l’impôt sur le revenu ou au PFU, mais pas aux cotisations sociales. Sur le papier, cela rend la stratégie « 0 salaire, 100 % dividendes » très séduisante.
Mais cette « économie » de cotisations se paye par une absence quasi totale de droits sociaux générés par la SASU : pas de retraite complémentaire acquise, pas d’indemnités journalières, pas de droits chômage, et pas de mutuelle collective possible sans paie. On peut comparer cela à une voiture sans assurance : elle coûte moins cher tant qu’il n’y a pas d’accident, mais la moindre collision devient catastrophique. Si vous envisagez une distribution de dividendes significative, il est donc pertinent d’intégrer cette réalité sociale à vos simulations, plutôt que de ne regarder que la ligne « impôts ».
Simulation fiscale : rémunération minimale SMIC versus dividendes exclusifs
Pour visualiser concrètement l’impact de vos choix, imaginez deux scénarios pour une SASU qui réalise un bénéfice suffisant :
- Scénario 1 : vous vous versez une rémunération mensuelle au niveau du SMIC brut (environ 1 766 € en 2025). La société supporte des charges sociales importantes, mais vous validez vos trimestres de retraite, bénéficiez pleinement de la Sécurité sociale, pouvez adhérer à une mutuelle d’entreprise et profiter d’une prévoyance collective.
- Scénario 2 : vous ne vous versez aucun salaire et sortez l’intégralité du résultat sous forme de dividendes. Les charges sociales sont réduites au strict minimum, mais vous devez financer intégralement votre protection sociale (mutuelle individuelle, prévoyance, épargne retraite) sur vos revenus nets après impôts.
Dans le premier cas, la SASU supporte un coût social élevé, mais vous externalisez une grande partie de vos risques (maladie grave, invalidité, retraite) vers le système collectif. Dans le second, vous maximisez le cash immédiatement disponible, mais vous devez reconstruire à vos frais une protection privée équivalente, ce qui, à long terme, peut s’avérer plus coûteux qu’une rémunération modérée. Réaliser une simulation chiffrée avec votre cabinet comptable permet souvent de constater que le « tout dividende » n’est pas si avantageux qu’il n’y paraît lorsqu’on intègre réellement le coût d’une bonne mutuelle, d’une prévoyance et d’une épargne retraite individuelle.
Mutuelle collective d’entreprise et convention de participation du président
Mise en place d’un contrat collectif obligatoire pour un seul bénéficiaire
Une question revient fréquemment : une SASU sans salarié peut-elle mettre en place une mutuelle collective pour son seul président non rémunéré ? Juridiquement, la mutuelle collective est conçue pour couvrir un groupe de salariés définis par une catégorie objective (cadres, non cadres, etc.). En l’absence de salarié au sens du Code du travail, la SASU n’est pas tenue par l’obligation de mutuelle et n’a pas, en principe, de « collectivité » à assurer. Mettre en place un contrat collectif pour un unique mandataire non rémunéré est donc délicat et souvent peu pertinent.
Certains assureurs acceptent néanmoins de proposer des contrats de type « collectif facultatif » pour des dirigeants, notamment lorsqu’il existe une rémunération, même faible, et un rattachement au régime général. Dans ce cas, le président est assimilé à un salarié cadre et peut bénéficier des mêmes garanties qu’un salarié classique, avec une prise en charge partielle des cotisations par la société. Mais sans bulletin de salaire, ce montage se heurte à la logique du Code de la Sécurité sociale et peut être requalifié lors d’un contrôle URSSAF. D’où la prudence recommandée sur ces « mutuelles collectives pour un seul président sans paie ».
Financement patronal et déduction des charges sociales en SASU
Lorsque la SASU met en place une mutuelle collective pour ses salariés (et éventuellement pour son président rémunéré), elle doit financer au moins 50 % de la cotisation. Cette part patronale est déductible du résultat imposable de l’entreprise, ce qui constitue un avantage fiscal non négligeable. Pour le président assimilé salarié, la cotisation patronale n’est pas imposable dans une certaine limite, tandis que la part salariale est prélevée sur son brut et peut, dans certains cas, bénéficier d’avantages sociaux (contrat responsable, plafonds, etc.).
En l’absence de rémunération, ce schéma se grippe. Si la SASU décide malgré tout de payer la mutuelle personnelle de son président, l’URSSAF pourra considérer ce paiement comme un avantage en nature constituant une rémunération déguisée. Il en résultera un rappel de cotisations sociales sur plusieurs années, avec pénalités. C’est pourquoi, sauf à accepter une rémunération déclarée et les charges associées, il est généralement plus sain de financer sa mutuelle de président non rémunéré sur ses fonds personnels, quitte à revoir plus tard l’organisation lorsque la société pourra supporter un salaire.
Respect de l’article L911-1 du code de la sécurité sociale
L’article L911-1 du Code de la Sécurité sociale encadre la mise en place des garanties collectives (mutuelle, prévoyance) au profit des salariés. Il impose notamment le respect de critères objectifs pour définir les catégories de bénéficiaires, ainsi qu’un formalisme précis (accord collectif, référendum, décision unilatérale de l’employeur). Un président de SASU non rémunéré ne répond ni à la définition de salarié, ni à celle de travailleur non salarié agricole ou indépendant. Il se situe à la marge du dispositif.
En pratique, pour rester dans les clous, deux grandes voies s’offrent à vous : soit vous embauchez au moins un salarié et vous mettez en place une mutuelle d’entreprise conforme à L911-1 (dont vous pourrez éventuellement bénéficier si vous êtes rémunéré), soit vous restez sans salarié et vous optez pour une mutuelle individuelle classique. Toute solution intermédiaire visant à « maquiller » une mutuelle personnelle en contrat collectif sans assise salariale réelle vous expose à un risque de redressement. Mieux vaut donc jouer cartes sur table avec votre assureur et votre expert-comptable.
Solutions alternatives : portage salarial et cumul de statuts pour optimiser la couverture
Combinaison président SASU et auto-entrepreneur pour accès au régime TNS
Une stratégie de plus en plus répandue consiste à cumuler plusieurs statuts pour optimiser sa protection sociale. Vous pouvez, par exemple, être président de SASU non rémunéré et, parallèlement, exercer une activité complémentaire sous le régime de la micro-entreprise (auto-entrepreneur). Dans ce cas, vous relevez, pour cette seconde activité, du régime des travailleurs indépendants, avec des cotisations sociales obligatoires et une affiliation propre. Vous pouvez alors souscrire une mutuelle TNS éligible à la loi Madelin, dont les cotisations seront partiellement déductibles.
Ce montage revient un peu à « louer » la protection sociale du régime TNS grâce à votre activité annexe, tout en conservant la flexibilité juridique et fiscale de la SASU pour vos projets plus ambitieux. Bien sûr, il ne s’agit pas de créer une auto-entreprise artificielle : l’activité doit être réelle, déclarée et générer un minimum de chiffre d’affaires. Mais si vous facturez déjà des missions de conseil, de formation ou de prestation intellectuelle, cette combinaison peut s’avérer très pertinente pour financer une bonne mutuelle, sans alourdir immédiatement la masse salariale de votre SASU.
Maintien d’une activité salariée à temps partiel pour conserver une mutuelle d’entreprise
Autre solution fréquemment utilisée : conserver un emploi salarié à temps partiel tout en développant sa SASU en parallèle. Dans ce cas, c’est votre contrat de travail qui vous donne accès au régime général et à la mutuelle d’entreprise de votre employeur, avec souvent une prévoyance et parfois même un plan d’épargne retraite collectif. Tant que vous respectez les obligations de loyauté et de non-concurrence vis-à-vis de cet employeur, cette configuration vous permet de sécuriser votre protection sociale pendant la phase de lancement de votre société.
On peut comparer cette approche à la construction d’un pont : votre job salarié constitue la rive stable (salaire, mutuelle, retraite), tandis que la SASU est la rive d’arrivée (indépendance, croissance, dividendes). En gardant un pied dans le salariat, vous ne sautez pas dans le vide sans parachute. Vous pouvez ainsi accepter plus sereinement une absence de rémunération dans la SASU, tout en étant correctement couvert en cas de maladie, d’accident ou de maternité. Le jour où la SASU sera suffisamment rentable, vous pourrez réduire ou arrêter votre emploi salarié et transférer progressivement votre protection sociale vers la société (rémunération, mutuelle collective, prévoyance).
Rattachement au régime d’ayant droit via conjoint ou PACS
Enfin, certains présidents de SASU non rémunérés envisagent de se faire couvrir par la mutuelle de leur conjoint(e) ou partenaire de PACS. Deux points doivent être distingués. D’abord, s’agissant de la Sécurité sociale, vous ne pouvez plus être « ayant droit » au sens classique dès lors que vous exercez une activité professionnelle, même non rémunérée. Votre mandat de président est considéré comme une activité, ce qui vous oblige à disposer de vos propres droits (PUMA, activité salariée ou indépendante, etc.).
En revanche, pour la mutuelle complémentaire, certains contrats permettent au conjoint ou partenaire exerçant une activité de se rattacher comme bénéficiaire supplémentaire, moyennant une cotisation plus élevée. Dans ce cas, c’est la mutuelle du conjoint qui assure vos remboursements complémentaires, sans pour autant modifier votre propre statut social. Il est donc essentiel de vérifier précisément les conditions du contrat de votre conjoint : certains excluent les dirigeants et indépendants, d’autres les acceptent. Là encore, la transparence est de mise : mentionnez clairement que vous êtes président de SASU non rémunéré, afin d’éviter toute mauvaise surprise en cas de sinistre.